Un peu d’histoire

L’ascension de la Grande Candelle par le consul F. W. Mark en 1879 est considérée comme le point de départ de l’histoire de l’escalade dans les Calanques. Les principaux sommets et aiguilles sont gravis au tout début du XXème siècle. A la fin des années vingt, l’esprit d’entreprise qui les caractérise amène les grimpeurs à s’attaquer aux grandes arêtes qui sont, après les sommets, le deuxième élément remarquable du relief rocheux. Des itinéraires très élégants voient le jour comme l’Arête de la Cordée ou l’Arête de Marseille. Mais le niveau des réalisations est limité par l’absence de moyen d’assurance fiable, comme le montrent plusieurs accidents mortels (Victor Martin aux Goudes, André Bonnet à la Candelle). La technique du pitonnage, initiée par le guide Edouard Frendo au milieu des années trente, permet d’aborder des escalades plus difficiles et d’améliorer le niveau de sécurité. Des voies audacieuses sont ouvertes grâce à l’usage des pitons, comme la Barrin, et le sixième degré apparaît avec Roger Duchier et Charles Magol à la face ouest du Rocher des Goudes en 1938. Cette évolution s’accélère ensuite par le fait d’une poignée de grimpeurs tels que Georges Albert, Gaston Rébuffat ou Georges Livanos (le Grec). Toutes les faces sont gravies, par des itinéraires qui mêlent escalade libre de haute difficulté et passages d’artif de plus en plus longs, à l’image de la Directe de 1952. Le pitonnage et le recours à l’artif culminent en 1966 avec l’ouverture de la Directissime de la Concave par Marc Vaucher et le Grec. Mais l’objectif des grimpeurs est avant tout l’aventure et la recherche de la difficulté, et la génération suivante emmenée par de jeunes talents tels que François Guillot, Claude Cassin, Joël Coqueugniot ou Jacques Kelle, poursuit l’exploration des falaises les plus secrètes, tout en se consacrant aux escalades libres exposées telles que Le Bidule ou la Coryphène.

Au début des années quatre-vingts, une orientation résolument sportive de l’escalade libre se dessine. L’utilisation des spits – et plus tard, des scellements – autorise l’escalade de dalles puis de dévers jusque là inenvisageables : premier 7c avec « Nymphodalle » enchaînée par Patrick Edlinger en 1979, premier 8a avec « Nuit d’amour sans Soleil » équipée et réalisée par Jérôme Rochelle. Les Calanques intègrent définitivement le monde du haut niveau avec les rééquipements visionnaires des impressionnants surplombs de Saint-Michel d’Eau Douce par Vincent Fine, suivis par la redécouverte de la Paroi des Toits, des Cabanons et de la Grotte de l’Ours. Le changement de millénaire voit poindre les premiers 9a avec « Roby in the sky » par François Legrand, toujours à Saint-Michel, et « les Steppes de Pierres » par Rémy Bergasse à l’Oasis. Et demain ? Par rapport à d’autres sites, le rocher des Calanques ne s’est jamais prêté facilement au jeu du haut niveau et si l’on peut toujours rêver de nouvelles réalisations exceptionnelles, la tendance actuelle serait plutôt orientée vers un retour à ce qui est la spécificité du massif, les grandes voies maritimes et le terrain d’aventure. La mise en place du Parc National constitue aussi un autre défi à l’évolution de l’activité, en souhaitant que celui-ci ne lui confisque ni son patrimoine ni son avenir.

Texte de Hervé Gugliarelli, extrait du topo fédéral des Calanques