Protection des Calanques

Véritable poumon périurbain, les Calanques sont le site naturel le plus fréquenté de la région. Plus d’un million de visiteurs viennent chaque année profiter de ses paysages grandioses. Une telle fréquentation n’est pas sans conséquence sur un espace restreint (5500 ha) déjà fort malmené par une exploitation passée souvent abusive et par de trop nombreux incendies. Rappelons qu’il y a un siècle, les Calanques étaient considérées comme un territoire ingrat et de peu d’intérêt. Eloignées de Marseille, on y exilait tout ce dont la ville ne voulait pas : usines de plomb, de soude, fours à chaux, carrières, bref, toutes les industries polluantes et malodorantes. La nécessité de protéger le massif des Calanques prend véritablement naissance au début du XXème siècle, en 1910, avec la manifestation contre le projet d’extension de la carrière de Port-Miou. Pourtant, malgré une importante mobilisation et l’appui de personnalités éminentes telles que Frédéric Mistral, rien ne peut empêcher la destruction de la rive droite de la calanque. Dix ans plus tard, les calanques de Port Pin et En Vau sont à leur tour menacées mais cette fois, le massacre est évité et, en 1936, En Vau et Port Pin bénéficient d’un arrêté de classement. Brève satisfaction cependant, car avec le développement du tourisme, d’autres projets moins polluants que l’industrie mais tout aussi destructeurs vont menacer le site. En voici quelques uns : – projet récurrent de la route des Calanques, dont les multiples déclinaisons occuperont les défenseurs du massif pendant plus d’un demi-siècle ; – projet de téléphérique au Pic de Marseilleveyre avec bar-restaurant “d’altitude”… fort heureusement abandonné ; – projet abouti, celui-là, du Téléscaphe de Callelongue, sorte de téléphérique sous-marin à une époque où les téléphériques fleurissaient un peu partout, dont les déboires technologiques finiront par avoir raison ; – multiples projets d’urbanisation dont il fut toujours difficile de tempérer la frénésie de bétonnage (cité de la Rouvière, parc du Roy d’Espagne, ZAC du Baou de Sormiou, faculté des sciences de Luminy) et qui culmineront, en 1992,  avec la modification du Plan d’Occupation des Sols (POS) autorisant la construction d’immeubles de 7 à 10 m de haut et sur tout le littoral.

Dès le début, le mouvement associatif a joué un rôle très fort dans les actions de  défense des Calanques, en particulier le Club Alpin Français, le Touring Club de France, les Excursionnistes Marseillais, soutenus plus tard par le Comité des Sites Naturel, puis par l’Union Calanques Littoral. L’opiniâtreté de ces associations, emmenées par des personnalités brillantes et combatives comme Paul Rouaix ou Pierre Morizot, encouragées par Alain Bombard ou Gaston Rébuffat, permettra d’obtenir que les Calanques soient inscrites à l’Inventaire des sites en 1959 puis classées en 1975. Pourtant, le cadre juridique du site classé s’est vite avéré insuffisant pour assurer la protection du massif face à la pression d’une ville dont l’expansion est limitée par la mer et les collines et il a fallu mettre en place une nouvelle structure plus apte à remplir cette mission de sauvegarde et de gestion, dans un souci de concertation entre les multiples partenaires. Dès les années 70, Gaston Rébuffat avait préconisé la création d’un parc national. La tentative de modification du POS de 1992 ayant achevé de convaincre les sceptiques de la nécessité d’une structure de protection forte, le mouvement associatif dans son ensemble n’aura dès lors plus de cesse que le Parc National des Calanques ne voie le jour. En 1999, un Groupement d’Intérêt Public fut créé avec pour objectif de coordonner les actions de protection et de gestion et de préparer la mise en place du futur Parc National des Calanques. Tâche ardue s’il en est, compte tenu du nombre de propriétaires publics et privés, des nombreux acteurs-utilisateurs du massif et de la superposition des nombreux dispositifs de protection (Natura 2000, ZICO, ZNIEFF 1 et 2, Conservatoire du Littoral, arrêté de protection de Biotope, réserve biologique, réserve naturelle nationale, site classé, ZPS), il faudra 12 ans pour que le GIP atteigne son objectif.